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Menzel Horr, flamme nouvelle
Posté par Webmastrice, 10 juillet 2006
Vadrouilles d’été, vadrouilles de détente et de fraîcheur; et toutes doivent nécessairement conduire en bord de mer: traditions estivales en Tunisie obligent ! Oui, mais voilà. Nous ne cessons de répéter que ce petit pays — par la taille, s’entend — dispose de pas moins de 1.400 km de côtes (je ne sais si celles des îles et îlots, dix-huit en tout, sont incluses dans ce décompte). | Il n’en demeure pas moins qu’au bout d’une quinzaine d’étés de ratissage, il ne nous en reste plus beaucoup à découvrir. Les nouveautés vont se faire de plus en plus rares et, surtout, de plus en plus difficilement accessibles. Par contre, lorsque, à défaut de nouveauté sur le terrain, lorsque, suite à une intervention chirurgicale sur l’œil pour cause de cataracte, on dispose, pour ainsi dire, d’un organe tout neuf, alors, on peut jeter sur les choses anciennes un regard tout aussi neuf! |

Tout cela pour vous dire que, cette semaine , nous allons vous ramener à un endroit déjà prospecté. Un endroit, à vrai dire, fraîchement découvert par nous-même — à peine deux ou trois ans — et qui garde une virginité que nous avons eu l’occasion de vérifier encore une fois dimanche dernier. Il s’agit de Menzel Horr. 
Nous étions une quarantaine à participer à la vadrouille organisée par le club issu de cette page. Sur le nombre, seules deux personnes, votre humble serviteur et la présidente du club, s’étaient rendues auparavant dans cette localité! Certes, Menzel Horr n’est pas une destination touristique de premier plan, bien que située à un kilomètre seulement d’un axe touristique en diable, celui de Hammamet-El Haouaria. Un petit kilomètre à l’écart de la nationale et voici cette localité pour ainsi dire ignorée par l’écrasante majorité des estivants qui fréquentent cette région. Pourtant, ce kilomètre conduit à un endroit d’une grande originalité et à l’une des plus belles plages du Cap Bon. Tant mieux, serait-on tenté de croire. Oui, mais l’agrément d’une baignade presqu’en solitaire ne compense pas les risques encourus par d’autres richesses de l’endroit. Plantons le décor, tout d’abord. Menzel Horr («Liberté Ville» en serait la traduction la plus fidèle) semble avoir été fondée vers le 17e siècle par l’un des nombreux descendants de Sidi Maouia Echêref, saint patron des Maaouines venus du lointain Maroc en prosélytes pour revigorer la foi des populations du versant sud du Cap Bon. Le fils rebelle a choisi de prendre sa liberté en s’installant sur un promontoire surplombant le cours d’un oued qui le cerne sur trois côtés. Aujourd’hui, l’oued est à sec, la plus grande partie de son eau étant retenue par un barrage en amont et son lit, verdoyant, planté de maraîchages, tandis que sur les pentes de ses rives pousse une variété assez singulière de palmiers nains qui croissent en buissons L’architecture originelle, ou ce qui en reste, est de style vernaculaire capbonais : locaux ruraux comprenant sqifa (hall) pouvant servir d’étable donnant sur de vastes cours (que les mécanismes successoraux réduisent comme peau de chagrin par des cloisonnements incessants). Autour de la cour, des chambres pour l’habitation, avec lits en maçonnerie (sedda), niches, grenier pour l’ensilage des provisions alimentaires dans de grandes jarres, etc. De l’extérieur, les principales caractéristiques de cette architecture se manifestent sous forme de murs épais, massifs, et de toitures en forme de voûtes croisées, le tout couleur de terre. Hélas, ce style cède de plus en plus de terrain au «moderne», certes plus pratique, mais pas nécessairement plus confortable ni, surtout, plus beau. Autre richesse de l’endroit: l’artisanat de la vannerie à base de folioles tressées de ce fameux palmier nain. C’est une seconde activité commune à tous les Menzelis. Tout le monde s’y livre après les travaux des champs et ceux du ménage; un véritable spectacle, les après-midi, dans les halls des maisons ou carrément sur les trottoirs. On fabrique des couffins de belle facture, aux formes variées et aux couleurs gaies; on fabrique aussi des chapeaux de paille et, dans le temps, on en confectionnait des tapis de prière (sejjada) auxquels aujourd’hui on préfère les tapis en fibres synthétiques. Tout cela, ce n’est pas notre regard neuf qui nous l’a fait voir. On le connaissait déjà. Ce que nous connaissions moins, et que notre dernière vadrouille nous a fait découvrir, c’est cette flamme nouvelle qui anime les Menzelis qu’on découvre soudain comme pris du vertige de la fierté que leur inspirent leur localité et son patrimoine naturel et artisanal. Les vadrouilleurs ont été conquis par la coquetterie du cadre urbain qu’égayent les nombreux bougainvilliers qui agrémentent l’éclat des murs blancs par des couleurs vives, joyeuses. Oui, on sent quelque part le désir d’échapper au traquenard de l’urbanisme bâtard qui, hélas, prévaut dans la majeure partie de nos «provinces» et qui altère profondément la qualité de la vie des citoyens. Un kilomètre, rien qu’un petit kilomètre pour accéder à ce monde si original. Faites le détour, quand vous passez par là, pour acheter un couffin, ou, aux mois d’août et de septembre, pour humer les senteurs poivrées des guirlandes de feu qui pendent des terrasses pour faire sécher les piments rouges dont la région est un gros producteur. En attendant la promesse que se concrétise le projet du festival du couffin. N’est-ce pas, M. le maire ? Tahar AYACHI
La Presse du 10 juillet 2006
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